23 avril 2013

La participation des enfants aux processus décisionnels


L’adoption de la Convention relative aux droits de l’enfant à l'Assemblée générale des Nations unies en 1989 a été un geste important. Ce texte de 54 articles expose une vision globale de la prise en compte des enfants dans la gouverne des États du monde, donnant une reconnaissance de l'enfant dans les sphères sociales, économiques, culturelles, civiles et politiques [1].

C’est en lisant un extrait de la Convention que j’ai découvert cette phrase qui m’a bien étonné :

Article 12. 1. Les États parties garantissent à l'enfant qui est capable de discernement le droit d'exprimer librement son opinion sur toute question l'intéressant, les opinions de l'enfant étant dûment prises en considération eu égard à son âge et à son degré de maturité. [2].

En d’autres termes, les États faisant partie des Nations unis se sont engagés officiellement à accorder le droit aux enfants de prendre part aux décisions qui les concernent. Il s’agit d’un point important qui devait faire partie de l'évolution politique et législative des pays qui ont fait l'intégration de la Convention dans leur gouverne. Selon celle-ci, l'enfant est considéré capable de contribuer au développement du monde dans lequel il vit.

Certains décideurs ont mis en place une telle vision dans la prise de décision gouvernementale. Par exemple, en 2007, le gouvernement provincial de la Colombie-Britannique a créé le Youth Advisory Council et a changé sa structure législative pour favoriser la prise en compte des enfants dans les décisions gouvernementales. On retrouve des mentions claires dans ces lois à l’effet que tous les enfants ont le droit d’être impliqués dans les décisions qui affectent leurs vies et qu’ils ont le droit d’être consultés et d’exprimer leur point de vue en fonction de leur habileté concernant les décisions qui les affectent [3]. Une telle affirmation sert à rappeler que de faire participer les enfants aux décisions qui les concernent veut dire de les inclure systématiquement dans les processus décisionnels.

Néanmoins, la plupart des gouvernements et des administrations municipales du monde ne semblent pas avoir intégré l’esprit de cette convention dans leurs activités de développement collectif. Force est de constater que l'approche de la Convention, qui visait à changer globalement la façon dont le bien-être des enfants est pris en compte, n'a pas apporté le changement de fond qui était souhaité.

Comment les inclure dans le processus?

Question pas simple, mais est-ce que cela veut dire qu'il faille baisser les bras? Parfois, on tient compte de certaines statistiques concernant la présence des enfants. Rarement, met-on en oeuvre des recherches pour comprendre les besoins des enfants d’un quartier. Mais, je ne me souviens pas d’avoir entendu parler de processus publics de consultation des enfants pour les décisions qui les concernent? Et plus encore, implique-t-on les enfants dans le processus de développement des projets sur les sujets qui les concernent?

La première chose à faire serait de consulter les enfants directement afin d’analyser leurs perceptions et leurs idées pour les inclure systématiquement dans les processus décisionnels. Là où il y a, me semble-t-il, le plus grand potentiel, c’est de les inclure dans des processus de design sur des projets qui transforment les quartiers. Quand on se donne la peine d’investiguer, on remarque que de telles approches ont été mises en place un peu partout à travers le monde.

Par exemple, un projet à Ventanilla au Pérou a permis à un grand nombre d’enfants et d’adolescent de participer à la prise de décision sur le développement de leur ville. Cette démarche accordait un important budget pour soutenir des projets de développement urbain qui étaient soumis et choisis par les jeunes [4].

Le Peruvian Children and Adolescent Organizations a contribué à l'organisation d'une vaste consultation citoyenne impliquant les enfants. Au total, des assemblées citoyennes dans plusieurs villes péruviennes ont permis à 1200 personnes, incluant des enfants, de discuter des enjeux qui concernent leurs villes [5].

En 2001, le Children’s Forum Network (CFN) a été créé en Sierra Leone et contribue à développer la participation des jeunes au sein de leur pays. Il s'agit d'un comité d'enfants, supervisé par le Ministère du bien-être social du gouvernement de la Sierra Leone, qui a pour mandat de défendre la voix de tous les enfants du pays. Grâce à ce comité, des enfants participent directement à la prise de décision sur plusieurs champs d'activités gouvernementales. Le fait que ces enfants développent un réseau de relations, comme les adultes le font, a permis l'émergence de projets allant bien au-delà du projet initial, comme la production d'un journal par les enfants, d'un poste de radio et la production d'émissions de télévision [6].

Les consulter sur quels sujets?

Potentiellement, tout sujet qui concerne l'avenir d'une collectivité pourrait prévoir un volet de consultation des enfants, car il s'agit du monde dans lequel ils vivront. Mais, si on resserre un peu le champ des possibilités, on pourrait commencer par les consulter sur l'aménagement des quartiers. À partir du moment où ils sont capables d'une certaine conscience du monde au-delà de leur propre maison, ils peuvent participer à construire le milieu immédiat dans lequel ils vivent tous les jours.

Si on regarde ailleurs dans le monde, on constate que certaines administrations publiques n’ont pas pris la Convention relative aux droits de l’enfant à la légère et ont compris l’importance qu’elle revêt. Un peu partout, des enfants sont invités à participer aux décisions de planification urbaine sur des sujets comme la sécurité routière, l’utilisation des terrains et la qualité de l’air.

De nombreux projets dans le monde impliquent des enfants de manière variée dans plusieurs champs d’activité. Par exemple, l’implication de jeunes dans les processus d’arpentage, de documentation et de cartographie des espaces publics a permis à des jeunes de s’impliquer davantage dans la planification urbaine, dans la gestion des finances et des infrastructures urbaines dans de nombreuses villes du monde : Calcutta (Inde),  Nairobi (Kenya),  Karachi (Pakistan) et Le Cap (Afrique du Sud) [4].

Tant de potentiel et d’idées dont on se prive pour bâtir le monde qui nous entoure! Le sujet de la participation des enfants en est un sur lequel il y a beaucoup à dire. Je poursuivrai cette réflexion dans un prochain texte.

Connaissez-vous des projets qui ont intégré la participation des enfants?



Sources
[1] Norberto Liwski. "The 18 th Anniversary of the Adoption of the Convention on the Rights of the Child" in 18 Candles - The Convention on the Rights of the Child Reaches Majority. Institut international des droits de l’enfant (IDE). Pp.69-79.
[2] Nations Unies. Convention relative aux droits de l’enfant. Adoptée et ouverte à la signature, ratification et adhésion par l'Assemblée générale dans sa résolution 44/25 du 20 novembre 1989. Entrée en vigueur le 2 septembre 1990, conformément à l'article 49.
[3] MCFD Youth Advisory Council, Canada. “Youth Claiming Governance: We Are the Now” in 18 Candles - The Convention on the Rights of the Child Reaches Majority. Institut international des droits de l’enfant (IDE). Pp.43-46.
[4] “Participatory urban planning and management” in The State Of The World’s Children 2012 - Children in an Urban World. United Nations Children’s Fund (UNICEF). February 2012. P.50. [http://www.childinfo.org/files/SOWC_2012_MainReport_EN.pdf]
[5] National Movement of Organize Children and Adolescents of Peru. “The Participation of Children - an Experience” in 18 Candles - The Convention on the Rights of the Child Reaches Majority. Institut international des droits de l’enfant (IDE). Pp.51-53.
[6] Children’s Forum Network «CFN-Sierra Leone». “Our Participation Matters!” in 18 Candles - The Convention on the Rights of the Child Reaches Majority. Institut international des droits de l’enfant (IDE). Pp. 55-58.


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